14 juin 2006

La Bretagne face à ses raves

Lu dans l'édition électronique de Libération :

"Tous ces rassemblements sauvages, c'est vraiment la plaie de la Bretagne". Le procureur aligne tous les clichés habituels sur les raveurs, avant de requérir des peines, toutes symboliques ( amendes de 1.500 euros et suspension de permis de conduire ) contre les deux jeunes gens qui ont comparu mercredi devant le tribunal correctionnel de Lorient (56). Le jugement a été mis en délibéré au 10 juillet prochain.

Les faits étaient particulièrement graves. Les deux prévenus faisaient en effet partie des 25 prévenus mis en examen notamment pour « violences en réunion » après la rave sauvage qui s'était tenue le 19 juillet 2.003 au Faouët ( 56), où un jeune homme avait eu la main arrachée après avoir voulu relancer une grenade sur les gendarmes- mobiles. L'instruction aura duré plus de deux ans, les auditions remplissent deux gros tomes posés à côté du président. Depuis , la plupart des prévenus ont bénéficié , sans que l'on sache exactement pourquoi, d'un non lieu. Restent donc trois jeunes gens, dont deux se présentent au tribunal, dans une ambiance un peu surréelle, puisqu'on a pratiquement rien à leur reprocher.

Olivier, accusé d'avoir participé activement à la préparation de la manifestation interdite travaillait à l'époque pour l'association « Terres et sons », et s'était proposé comme médiateur entre teufeurs et pouvoirs publics. Le rassemblement fut interdit, Olivier placé en garde à vue. On peut donc difficilement lui reprocher d'avoir choisi le site. Près de 4.000 raveurs parvinrent, malgré l'interdiction, à se rassembler avant que la toute nouvelle préfète de région( elle venait d'être nommée le premier juillet), Bernadette Malgorn, ne fasse donner dans la nuit deux escadrons de gendarmes mobiles autour de la chapelle Sainte Barbe, où s'étaient regroupés les teufeurs. Les habitants du secteur gardent encore en mémoire l'ambiance de guerre qui régnait cette nuit là. sur le chemin de Sainte Barbe. Après une seconde réquisition, les forces de l'ordre auront le droit en effet d'utiliser des grenades défensives, contre des pilleurs de clapiers, avant de se replier au petit matin , avec leurs blessés.

Alexis, photographe professionnel est poursuivi pour une simple fumette de cannabis. Il sera facile à retrouver, il a en effet laissé son nom au poste de secours d'urgence ; il a eu le poignet droit cassé par une grenade, tandis qu'il portait assistance au jeune homme qui aura la main arrachée.

On comprend que dans un tel contexte le président ait décidé de mettre cette « non affaire » en délibéré au 10 juillet. D'ici là, Bernadette Malgorn, aura en effet officialisé le choix du site réquisitionné pour le tout prochain teknival prévu avant le festival des Vieilles Charrues. Les charges guerrières du Faouët ne sont plus désormais qu'un douloureux souvenir. Désormais, Madame la préfète se couvre du côté du ministère de l'intérieur. Le site choisi, l'aérodrome militaire de Meucon, fait cependant peur aux élus du secteur et notamment à M Goulard, le maire de Vannes. Le secrétaire d'état à la recherche est intervenu auprès du premier ministre pour exiger un autre choix, et il se chuchote qu'un plan B serait mis en place pour protéger la petite cité bourgeoise vannetaise. Le teknival pourrait se tenir, avant la fin du mois sur l'aérodrome de Kéranna, sur la commune de Guiscriff, en pleine campagne morbihannaise.

(par Sylvestre NAOUR - Libération.fr - mercredi 14 juin 2006)

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