29 août 2007

Irlande : le glas de la veillée mortuaire ?

La veillée funèbre irlandaise, curieux mélange de réjouissances et de chagrin copieusement arrosé pendant une semaine, est menacée par une directive européenne. La coutume irlandaise qui veut que les dépouilles soient conservées dans un cercueil ouvert afin que le défunt puisse être vu pendant la veillée est mise en danger par un texte proposé par Stavros Dimas, commissaire européen à l’Environnement. Dans le cadre d’une nouvelle directive sur les biocides, il réclame le retrait des produits chimiques utilisés par les embaumeurs.

Cette mesure condamnerait le rituel traditionnel qui consiste à exposer le corps pendant que l’assistance joue, mange, boit et danse au son de la flûte. En règle générale, la dépouille est lavée, vêtue de blanc, puis allongée sur un lit ou une table. A partir de là, elle ne doit jamais rester seule jusqu’aux funérailles, tandis que ses proches célèbrent son existence bien remplie. Une fois le corps installé, les femmes de la maisonnée entonnent une mélopée. Un chapelet est placé entre les mains du défunt, et chaque visiteur vient s’agenouiller près de lui pour une courte prière.

Ces veillées sont connues depuis des siècles dans le folklore irlandais, comme dans Finnegans Wake (La veillée de Finnegan), chanson comique racontant comment Finnegan se réveilla au beau milieu de sa propre veillée mortuaire. James Joyce s’en est inspiré pour écrire le roman éponyme.

L’Association irlandaise des directeurs de pompes funèbres a écrit aux politiciens pour les mettre en garde contre cette directive, qui, selon eux, risque de bouleverser la façon qu’ont les embaumeurs de préparer les corps pour l’exposition et l’inhumation. “La contemplation du défunt fait partie de la culture irlandaise, et il est admis que cette pratique contribue notablement à la préparation du deuil, ce que sous-tend le témoignage de nombreux psychologues.”

La directive devrait entrer en vigueur au mois de septembre, et a pour but le retrait d’ingrédients de l’embaumement tels que le formol, susceptible de détruire les organismes vivants. Le projet de Stavros Dimas est également remis en question par Brian Crowley, membre du Fianna Fáil au Parlement européen pour le sud de l’Irlande. “Tel que je comprends ce texte, les thanatopracteurs pourraient réclamer une dérogation au nom de la défense du patrimoine culturel”, dit-il. Dans le courant du mois, les directeurs de pompes funèbres doivent rencontrer des représentants du ministère irlandais de l’Agriculture, qui pourrait exiger un report de l’interdiction. (via)

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